Bol à glaçure brune et intérieur rouge sombre, bord ébréché en V, deux fragments posés devant lui sur un plan de travail en bois

Votre céramique vient de casser : que faire des morceaux avant le kintsugi

Julien Salut

Votre céramique vient de casser : que faire des morceaux avant le kintsugi

Le bol a glissé, les morceaux sont par terre. Quelques gestes simples, dès les premières minutes, facilitent la restauration qui suivra.

Les premières minutes comptent

Juste après une casse, une question se pose avant même la demande de devis : que faire des morceaux en attendant ? Bonne nouvelle, il n'y a presque rien à faire. Il y a surtout des choses à ne pas faire.

Les conservateurs de musée publient des conseils précis pour ce cas : que faire quand une céramique se brise. Je les reprends ici, en y ajoutant ce que j'écris sur les pages de mon atelier. Le but : que tous les morceaux soient là, intacts, et que leurs bords n'aient pas souffert entre la chute et le devis.

Bol à glaçure brune et intérieur rouge sombre, bord ébréché en V, deux fragments posés devant lui sur un plan de travail en bois
Un bol au bord ébréché et les deux fragments qui s'en sont détachés.

1. Avant de ramasser : une photo

C'est le premier conseil du Museums Journal, la revue de la Museums Association britannique, pour le cas d'une casse : si c'est possible, photographiez l'objet cassé là où il est tombé, avant de déplacer quoi que ce soit.

Cette photo vous permet de voir combien de morceaux se sont détachés et où ils sont partis, et donc de vérifier ensuite que rien ne manque. Elle garde aussi une trace de l'état de la pièce juste après la chute. Un téléphone suffit, inutile de chercher la lumière parfaite : les vraies photos du devis viendront plus tard.

2. Ramassez tout, même les miettes

La fiche de l'American Institute for Conservation (AIC) sur le verre et la céramique est claire : si un objet se casse, gardez tous les fragments jusqu'à sa réparation. Le Museums Journal va plus loin dans le détail : les morceaux se rangent ensemble, et les plus petits, jusqu'aux minuscules éclats, vont dans des sachets en plastique.

Pourquoi tant d'attention pour une miette ? Parce que les petits éclats sont ceux qui disparaissent le plus facilement pendant la chute, et qu'un morceau perdu devient un manque. Je le comble alors au sabi-urushi (laque mêlée de poudre de pierre), ou au kokuso-urushi, laque et poudre de bois, quand le volume est plus grand. C'est faisable, c'est même courant, mais c'est une étape de plus. Un fragment retrouvé reprend simplement sa place.

Ramassez à la main, doucement. L'AIC rappelle de faire attention aux bords coupants.

Pot gris brisé en une douzaine de fragments étalés sur un plan de travail en bois, le haut du col encore d'un seul tenant
Un pot brisé en une douzaine de fragments, étalés sur le plan de travail.

3. N'essayez pas de les emboîter

Le réflexe est naturel : on reprend les deux morceaux, on les rapproche pour voir si « ça colle ». Le Museums Journal le déconseille nettement. Remettre les pièces en place provoque des abrasions sur les bords, et ces frottements empêchent ensuite un assemblage précis au moment de la réparation.

En kintsugi, c'est sur ces bords que se fait l'assemblage à la laque. Mieux ils sont préservés, plus l'assemblage pourra être précis. Regardez les morceaux autant que vous voulez, mais laissez-les séparés.

Gros plan sur le bord ébréché en V d'un bol brun, deux petits fragments posés sur le bois au premier plan
Les arêtes de la cassure, vues de près : c'est sur elles que se fera l'assemblage.

4. Pas de colle, même « en attendant »

C'est le conseil le plus important de cet article. Ne recollez rien, ni à la colle forte, ni à une colle « provisoire ».

La laque urushi, laque naturelle tirée de l'arbre Toxicodendron vernicifluum, ne tient pas sur une trace de colle. Une pièce déjà collée m'oblige à nettoyer chaque cassure de toute trace de colle avant la première couche de laque. Cela prend du temps, et cela ne réussit pas toujours. Les musées connaissent bien ce problème. Le même article du Museums Journal désigne les anciennes réparations comme le premier risque de conservation des céramiques. Helen Ritchie, du Fitzwilliam Museum, y explique que les céramiques islamiques sont les plus délicates à conserver de sa collection, parce qu'elles ont souvent été recollées au début du XXe siècle et que la vieille colle peut commencer à lâcher.

Si l'envie de recoller vous prend, photographiez plutôt les morceaux et envoyez-les-moi : je vous dirai ce que la pièce demande.

5. Ranger les morceaux en attendant le devis

Entre votre demande et mon devis, il se passe jusqu'à 5 jours ouvrés. Les morceaux doivent les traverser sans nouveau dommage. Ce que retiennent les deux sources, point par point :

  • Une seule boîte, rembourrée. Les morceaux se rangent ensemble dans un plateau ou une boîte rembourrée (Museums Journal). Pour transporter un objet, l'AIC conseille aussi un panier ou une boîte rembourrée.
  • Les petits éclats à part. Dans un sachet, pour qu'ils ne se perdent pas au fond de la boîte (Museums Journal).
  • Éviter de nouveaux dommages. En rangeant les morceaux, l'AIC demande de veiller à ne pas les abîmer davantage. Le Museums Journal rappelle, lui, que les bords s'abîment dès qu'on les fait frotter en les remettant en place.
  • Pas de lavage pour une terre poreuse. Dans ses conseils de nettoyage, l'AIC déconseille de plonger dans l'eau une céramique poreuse comme la terre cuite : l'eau fait pénétrer les taches plus profondément dans la pâte.
  • Pas par l'anse. Si une partie tient encore, ne la soulevez pas par l'anse ni par le bord, comme le conseillent les deux sources ; l'AIC ajoute le bec. Ce sont des points faibles.

N'emballez pas encore la pièce pour un envoi. La marche à suivre pour l'emballage arrive après validation du devis, j'y reviens plus bas.

Vase à décor bleu en écailles cassé en plusieurs grands morceaux et un petit éclat posés sur un plan de travail en bois
Un vase à décor bleu, cassé en grands morceaux et un petit éclat.

6. Les photos pour le devis

Pour vous répondre, je n'ai pas besoin de la pièce : trois à cinq photos me suffisent. Voici ce qu'elles doivent montrer.

  • Une vue d'ensemble, pour la forme et la taille de l'objet.
  • Un détail de chaque blessure : chaque cassure, chaque éclat, chaque fissure.
  • Un fond neutre si possible, pour que les couleurs de la glaçure soient fidèles.

Le formulaire de devis accepte des fichiers JPG ou PNG jusqu'à 10 Mo chacun. Si vos photos sont plus lourdes, envoyez-les séparément à contact@the-ology.fr en indiquant votre nom. Dans le formulaire, vous choisissez le type de dommage, par exemple « Brisure en plusieurs morceaux », et une gravité estimée. Et si un fragment manque parmi les morceaux, dites-le : je combine alors l'assemblage de la cassure et le comblement de l'éclat perdu sur la même pièce.

Si la pièce porte déjà un ancien kintsugi, signalez-le aussi. Je préserve les traces de restauration antérieures, et j'en tiens compte dans le devis.

Éclat, cassure ou fissure ?

Avant de choisir une technique, je regarde d'abord comment la pièce s'est cassée. Un éclat (kake), c'est un morceau qui manque. Une cassure (ware), c'est un objet séparé en plusieurs fragments, que vous avez tous ou presque. Une fissure (hibi), c'est une ligne qui traverse la céramique sans la séparer.

La fissure est souvent la moins spectaculaire, et la plus mal comprise. Même fine, elle continue de progresser si elle n'est pas traitée. Ne vous dites pas qu'elle peut attendre. J'ai détaillé les trois cas, et les techniques qui leur correspondent, sur la page diagnostiquer votre casse.

Ce qui se passe ensuite

Je vous réponds sous 5 jours ouvrés avec un devis personnel : l'explication des techniques proposées, le délai estimé et le protocole d'expédition. Une fois le devis validé, vous recevez de ma part la marche à suivre pour emballer la pièce. Elle voyage assurée, à l'aller comme au retour, partout en Europe. Je peux aussi récupérer et rendre la pièce en main propre, à Nice, à Monaco ou ailleurs sur la Côte d'Azur.

À l'atelier, les morceaux sont réunis à la laque, puis la pièce suit son long chemin : plusieurs couches, plusieurs semaines de séchage, 3 mois minimum de restauration au total. Je vous dis aussi les limites avant de commencer. Au-delà d'un certain nombre de fragments minuscules, une reconstruction perd en solidité ce qu'elle gagne en apparence, et je préfère vous l'écrire dans le devis que vous le découvrir après. Ce que je ne répare pas figure sur la page les limites du kintsugi.

Vase à décor bleu en écailles remonté, maintenu par des bandes de ruban adhésif et un fil enroulé, vu à travers une lampe-loupe
À l'atelier, un vase à décor bleu remonté, tenu par des bandes de ruban et un fil.

Une fois la laque entièrement polymérisée, elle devient inerte, et la pièce retrouve son usage au quotidien, avec quelques gestes à connaître : je les ai rassemblés dans l'article sur l'entretien d'une pièce kintsugi. Et si vous hésitez entre un kit de réparation et une restauration à la laque, la comparaison est dans l'article kintsugi à la laque ou réparation à la résine.

Questions fréquentes

Faut-il garder les tout petits éclats d'une céramique cassée ?

Oui. Gardez tous les fragments, même les plus petits, dans un sachet à part. Un éclat perdu est un manque à combler à la laque, ce qui ajoute une étape à la restauration.

Peut-on recoller les morceaux en attendant le kintsugi ?

Non. La laque ne tient pas sur une trace de colle : chaque cassure devrait d'abord en être nettoyée, ce qui prend du temps et ne réussit pas toujours. Envoyez-moi plutôt vos photos, sans rien recoller.

Comment emballer une pièce cassée pour l'envoyer à l'atelier ?

Rien ne part avant le devis. Une fois le devis validé, je vous envoie la marche à suivre pour l'emballage. En attendant, rangez les morceaux ensemble dans une boîte rembourrée.

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Sources

  • Holly Black, « Conservation and storage », Museums Journal (Museums Association), 17 septembre 2018 : https://www.museumsassociation.org/museums-journal/in-practice/2018/09/170918-ceramics-conservation-and-storage/
  • American Institute for Conservation, « How Do I… Care for Glass & Ceramics », Miriam-Helene Rudd, 2026 : https://higherlogicdownload.s3.amazonaws.com/CONSERVATIONUS/f79adbf7-4737-43c9-82a1-92e0d2cc3c1c/UploadedImages/Documents/Resources/How_Do_I_Care_for_Glass_and_Ceramics.pdf

Photos © Thé-Ōlogy

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