Les outils du kintsugi : ce qu'il y a sur mon établi

Les outils du kintsugi : ce qu'il y a sur mon établi

Julien Salut

Les outils du kintsugi : ce qu'il y a sur mon établi

Spatules, pierre, pinceaux, tube à poudre, brosse en crin, armoire humide. Un kintsugi à la laque urushi demande peu d'outils, mais chacun sert à une étape précise.

Les outils d'un kintsugi traditionnel, en bref

Pour réparer une céramique à la laque urushi et à l'or, il faut moins d'objets qu'on ne l'imagine. Ce qui fait une restauration solide, c'est la laque et le temps de polymérisation. Les outils servent à poser cette laque proprement, en couches fines, puis à fixer l'or sur la dernière ligne.

Voici ce qui sert à chaque étape dans mon atelier :

  • Spatules : préparer et poser les pâtes de laque (collage, comblement).
  • Pierre et eau : araser les joints et poncer entre deux couches.
  • Pinceaux en fibres naturelles : poser les laques noire et rouge.
  • Funzutsu : faire tomber la poudre d'or sur la laque fraîche.
  • Ashirai-kebo : déposer et retirer l'excès de poudre.
  • Poudre de charbon (sumiko) : nettoyer et polir la surface.
  • Muro : l'armoire humide où la laque durcit, avec son hygromètre.
  • Gants et aération : tant que la laque n'a pas durci.

Les matériaux eux-mêmes (laques, poudres de pierre, or) sont détaillés sur ma page matériaux du kintsugi. Ici, je reste sur les outils et le geste qu'ils permettent.

Les spatules : préparer et poser les pâtes

Les premières étapes d'un kintsugi se font à la spatule. Le collage des fragments se fait au mugi-urushi, un mélange de laque et de farine de blé. Le comblement des éclats se fait au sabi-urushi, laque et poudre de pierre. Ces deux pâtes se travaillent et se posent à la spatule, en quantité juste suffisante pour remplir la fracture sans déborder.

Un couteau fin permet aussi de reprendre l'excès de pâte avant qu'il ne durcisse. C'est un détail qui économise ensuite beaucoup de ponçage.

Mains tenant une spatule métallique dorée au-dessus d'une assiette en porcelaine fêlée, une seconde spatule posée sur la table
Pendant la formation : un couteau japonais sur une assiette en porcelaine, une seconde posée sur la table.

La pierre et l'eau : araser et poncer

Une fois l'assemblage durci, j'arase les joints à la pierre pour ramener la laque au niveau de la céramique. Ensuite, entre chaque couche de laque, je ponce à l'eau. Le but est d'obtenir une ligne lisse au doigt, sans relief ni marche.

C'est l'étape la plus lente à la main et celle qui se voit le plus à la fin. Une couche mal poncée reste visible sous l'or.

Les pinceaux : la laque en couches fines

Les laques de fondation, la noire puis la rouge bengara, se posent au pinceau. J'utilise des pinceaux en fibres naturelles, fabriqués à la main. La règle est simple : charger peu le pinceau. Une laque posée trop épaisse ride en durcissant, et il faut alors tout reprendre.

Ces pinceaux ne se lavent pas à l'eau. Ils se nettoient à l'huile et se conservent sous un film d'huile, pour que la laque ne durcisse pas dans les fibres.

Travail de précision sur la ligne de fracture d'une céramique blanche avec un outil fin, sous une lampe loupe
Une lampe loupe aide à suivre la ligne de fracture au plus près.

Funzutsu et ashirai-kebo : poser l'or

L'or arrive à la toute fin, sur la dernière ligne de laque rouge encore fraîche. Deux outils servent à ce moment.

Le funzutsu est un petit tube en bambou ou en aluminium, biseauté à son extrémité. On le remplit de poudre d'or et on le tapote légèrement : la poudre tombe en pluie fine sur la laque. Le ashirai-kebo est une brosse douce en crin. Elle sert à déposer la poudre avec délicatesse et à retirer l'excès sans abîmer la ligne.

J'ai détaillé ce que change l'or 24 carats par rapport aux autres poudres dans l'article sur la poudre d'or 24 carats.

La poudre de charbon : le polissage

La poudre de charbon sumiko est une poudre très fine de bois dur brûlé à haute température. Elle sert à nettoyer les résidus et à polir la surface sans la rayer. Le geste du polissage final, celui qui fait apparaître l'éclat de la ligne, est décrit dans mon article sur le polissage final du kintsugi.

Le muro : l'outil qui ne bouge pas

Le muro est une armoire fermée où l'humidité reste entre 75 et 85 %. La laque urushi ne sèche pas à l'air libre : elle polymérise, et elle a besoin de cette humidité pour le faire. Chaque pièce y retourne entre deux étapes, pour plusieurs jours.

Un hygromètre à l'intérieur permet de vérifier l'humidité. Si l'air est trop sec, la laque reste collante. S'il est trop humide, elle coule. Je cale aussi chaque objet de niveau, pour que la laque ne glisse pas pendant qu'elle durcit. Le détail de cette étape est dans l'article sur le séchage en muro.

Intérieur d'un muro : bols et pots en cours de réparation, thermo-hygromètre numérique posé dans un angle
Pièces en cours de réparation dans le muro, avec le thermo-hygromètre qui contrôle l'humidité.

Gants et aération : tant que la laque est fraîche

La laque urushi contient de l'urushiol, une substance allergène tant qu'elle n'a pas durci. Je la manipule avec des gants et dans une pièce aérée. Une fois polymérisée, elle devient inerte et peut servir au contact alimentaire. Ce point fait partie de ce que j'explique sur la page des limites du kintsugi.

Ce qu'un kit du commerce ne remplace pas

Pour s'équiper avec de vraies laques et de l'or 24 carats, il faut compter un investissement de départ de 150 à 350 €. L'essentiel de ce budget part dans la poudre d'or, pas dans les outils.

Beaucoup de kits vendus sous le nom de kintsugi utilisent une colle époxy et une poudre dorée. Les outils se ressemblent, la matière n'a rien à voir. J'explique la différence dans l'article kintsugi à la laque ou réparation à la résine. Et le déroulé complet, étape par étape, est sur ma page kintsugi étape par étape.

Questions fréquentes

Quels outils faut-il pour faire un kintsugi ?

Des spatules pour les pâtes de laque, une pierre et de l'eau pour araser et poncer, des pinceaux en fibres naturelles pour les laques, un funzutsu et une brosse ashirai-kebo pour l'or, de la poudre de charbon pour polir, et un muro pour faire durcir la laque.

Combien coûte l'équipement pour un kintsugi traditionnel ?

Comptez 150 à 350 € pour démarrer avec de vraies laques urushi et de l'or 24 carats. La poudre d'or représente l'essentiel de cette somme.

Faut-il un muro pour faire du kintsugi ?

Oui. La laque urushi polymérise dans une humidité de 75 à 85 %. Sans armoire humide, elle reste collante et la réparation ne tient pas.

Photos © THÉ·ŌLOGY

 

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